Et oui, aujourd’hui c’est le retour des stats inutiles et sans aucun rapport les unes avec les autres, il est encore temps de prendre la fuite 😉

 

Non ? Et bien commençons avec le plus gros morceau dès le départ :

 

Évolution des formats de diffusion/production

 

On parle constamment de l’explosion récente du nombre d’animes diffusés, surtout depuis le début des années 2000 et encore plus ces dernières années. Dans l’article précédent on voyait que c’était clairement le cas et j’ai donc voulu détailler un peu plus la composition de ces titres. Dans l’absolu il est vrai qu’on est passé de 30/ans de 1980 à 2000 environ à environ 160 en 2006 et même environ 200 titres différents cette année. Mais dans la première tranche de dates (avant 2000) on remarque que le format actuellement majoritaire d’une seule saison de diffusion (quitte à découper les animes en 2-3 voire 4 saisons distinctes) est totalement absent, la production comptant majoritairement des titres diffusés sur une année complète voire plus. A partir de 2000 on a une forte contraction de cette diffusion longue qui se voit phagocytée par les saison unique mais surtout double. Ce même format double qui disparait aujourd’hui lui aussi dans une fragmentation des formats toujours plus grande après avoir connu un pic au milieu de la première décennie des années 2000.

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La conséquence de ceci et que si on fait une estimation grossière* du nombre d’épisodes, on se rend compte que l’augmentation n’est pas aussi forte même si elle reste conséquente. Si pour le nombre de série elle est de plus de 600% depuis les années 80-90, et de l’ordre de 60% depuis le milieu de la précédente décennie, on serait plus proche de 250% et de 25% en nombre d’épisodes.

 

Quant aux causes de ce profond changement de format, elles sont multiples et en parties bien connues même s’il résulte en partie d’un cercle vicieux. La rentabilité de la plupart des titres étant nulle, voire négative, on multiplie des titres à la recherche de celui qui trouvera un écho commercial important, néanmoins en faisant cela, on noie le public de titre rendant l’émergence d’un succès encore moins probable, d’autant plus qu’on vit désormais dans la culture de la hype (valable pour de nombreux domaines), par cette appellation je veux dire que malgré un accès de plus en plus large et varié de l’offre c’est un nombre toujours plus restreint de titres qui tend à concentrer l’attention et les revenus.

 

Je donne certes l’impression que cette évolution est une mauvaise chose, mais dans les faits chaque format à ses avantages et ses inconvénients qui plairont ou pas en fonction de ses gouts personnels.

Par exemple dans mon cas, il m’est en général très difficile de suivre un titre de 50+ épisodes car cela implique de nombreuses longueurs, du recyclage important et pas mal de remplissage dans le cas d’adaptations.

A l’inverse le format majoritaire de 11-13 épisodes a le mérite d’être beaucoup plus dense et dynamique et ainsi facile à suivre, il s’adapte d’ailleurs bien aux histoires pas trop développées…mais en contrepartie on assiste souvent à de grosses phases de rush et surtout à nombre d’anime promotionnels ne transposant à l’écran qu’une petite partie d’un autre support comme un publicité géante.

Vous l’aurez compris, mon format favori reste plutôt celui de la double saison 20-26 épisodes, où souvent on a le temps à la fois de développer une histoire et un univers sans trop souffrir de longueurs rédhibitoires. D’ailleurs malgré ce que j’ai dit ça reste un format cible assez important puisque de nombreuses « saison 2 » actuelles ne sont finalement qu’un découpage d’une même saison en terme narratif mais découpées pour des contraintes de planning. C’est typiquement le cas de toutes les saisons 2 dont la diffusion est annoncée avant même la fin de la première (pas mal d’anime Ufotable par exemple : Fate Zero, FSN : UBW ou Tales of Zestiria).

 

*J’ai attribué un nombre d’épisode moyen à chaque format de diffusion ce qui de fait annule la contribution de quelques anime au très long court (>200 épisodes d’un seul trait)


Popularité occidentale et ventes japonaises

Comme je le disais juste avant, la multiplication des titres ces dernières années est une conséquence (et aussi une cause) de la concentration de l’attention sur quelques titres qui seront la source du traditionnel conflit entre certaines factions bien connues de l’internet otaku 😉

 

On remarque rapidement cet effet de concentration (sur le public occidental présent sur MAL tout du moins) si on s’intéresse au nombre de personnes ayant ajouté différents animes dans leur liste. Dans ce cas je me suis penché sur les animes de l’année dernière pour avoir une année complète avec un minimum de recul. Le premier constat est sans appel : l’écrasante majorité des titres sortis l’année dernière présente un attrait du public très faible pour au moins trois raison potentielles :

  • C’est tout simplement et assez objectivement mauvais
  • Le genre est pas du tout populaire hors japon (quelques exemples : Precure, Fafner, Idolm@ster CG, Symphogear, …) donc principalement Méchas, Idols, Ikkemen, Precure et Kodomo.
  • Pas ou peu de diffuseurs occidentaux pour certains titres et donc une plus faible visibilité.

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Sans grande surprise on va retrouver tout en haut et loin devant les autres One Punch Man, en même temps avec autant de hype difficile de passer à côté. Les titres suivants provoqueront quelques grincements de dents puisqu’on retrouve Tokyo Ghoul Root A et Charlotte, deux animes controversés dira-t-on pudiquement mais la grande popularité du manga pour le premier et des créateurs de la série pour la seconde n’y sont pas pour rien.

Encore une fois sur certains titres on peut constater le décalage avec le public japonais car un titre comme Rokka no Yussha tient ici une très bonne place là où ses ventes sur l’Archipel étaient littéralement inexistantes à sa sortie. Au final on retrouve majoritairement des titres fantasy/fantastique/SF dans les titres les plus vus (avec d’autres titres très suivis et que je n’ai pas reportés sur les graphiques comme Overlord ou Owari no Seraph).

 

Mais la concentration n’est pas un phénomène uniquement occidental loin de là, je me suis ensuite penché sur les ventes du premier volume de BR/DVD sorti pour chaque anime de ces quatre dernières années et là encore en dehors de quelques rares élus, l’immense majorité des titres ne repart même pas avec le lot de consolation. Ici il suffit de poster la liste des franchises 20k+ pour se rendre compte du décalage avec la catégorie des occidentaux :

  • Love Live
  • Osomatsu
  • Uta no Prince Sama
  • Attack on Titan
  • Monogatari
  • Idolm@ster
  • Fate
  • Haikyuu
  • Free
  • Infinite Stratos
  • Kantai Collection
  • Kuroko no Basket
  • Symphogear
  • Sword Art Online
  • Kekkai Sensen
  • Ore no Imouto

3Autant dire pour la moitié des titres au moins, des titres qui certes ont une fanbase chez nous, mais une fanbase limité.

 

Mais depuis tout à l’heure je parle de titres populaires, c’est toujours difficile de débattre sur ce sujet d’autant plus qu’il débouche assez rapidement sur la nation de qualité et pire : de note (ça y est le gros mot est lancé !).

 



La relation entre note et popularité

Si la note peut-être dans certains cas un outil d’évaluation relativement objectifs de différents critères, il est clair quand dans le cas des notes personnelle que chaque utilisateur attribue à un titre sur internet c’est avant tout une notion de ressenti subjectif qui ressort. Mais d’un autre côté n’est-ce pas le plus important au-delà des considérations techniques de voir quels titres les gens prennent plaisir à voir ?

 

Dans un premier temps je me suis intéressé au top des animes référencés sur MAL, à la fois en termes de popularité qu’en terme de note moyenne.

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Déjà on va régler d’entrée ce qui parait une évidence : le public actuel n’aime pas les vieux animes et n’est dans sa majorité pas capable de juger la qualité d’un titre en se remettant dans son contexte, c’est donc sans surprise que le top 100 dans les deux catégories ne comporte presque aucun anime du siècle dernier en dehors de quelques cas particuliers (Gineiden, Dragon Ball, Slam Dunk ou Cow Boy Beebop).

Le seul autre point remarquable de ces deux graphs tient dans le fait que les titres entre 2005 et 2010 sont largement populaire mais nettement moins bien notés, à nouveau je pense pour des considérations de standards techniques de production/diffusion.

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Pour analyser les tops animes sur MAL j’ai donc choisi de reporter en ordonnée la position de l’anime en nombre de vues en fonction de sa position en termes de note en abscisse. J’ai été contraint de recourir à l’échelle logarithmique sous peine de rendre le tout illisible. On remarque qu’au final les titres se distribuent de façon assez large avec pas mal de cas différents, des titres populaires et bien notés, mais aussi des titres bien noté et peu populaire et inversement. J’ai regroupé les différentes régions en trois grand blocs totalement personnels et subjectifs mais qui illustrent assez bien ma vision de la communauté.

  • La zone « mainstream » qui regroupe des animes très populaires et bien noté, des animes qui malgré quelques réticents, font un consensus assez large autour d’eux comme étant de bons titres pouvant plaire à un large public (ce qui est différent de : à tout le monde). C’est ainsi que tout en haut on trouve le fameux Full Metal Brotherhood suivit de Stein’s Gate. Au final on retrouve un panel relativement varié dans cette catégorie.
  • La zone « hipster » avec des titres très populaires dans leur fanbase mais qui n’arrive que peu à se propager à un autre public, c’est du coup des titres qu’on retrouve peu sur des sites à grand public mais que certains tentent malgré tout de propager avec leurs moyens. C’est dans ce groupe qu’on va retrouver pas mal de titres de science-fiction, de sport ainsi que des titres orienté tranche de vie et/ou très portés sur la culture japonaise.
  • Et enfin la zone « populaire » qui regroupe à l’opposé des titres très grand public qui font par contre souvent face à un grand nombre de détracteurs, dont une partie notable n’est au final que l’expression de la jalousie mal canalisée des fans de la catégorie précédente frustrés de voir des titres qu’ils jugent inférieurs occulter leurs préférences (là encore ça n’engage que mon avis). Da façon assez évidente c’est ici qu’on va retrouver des shonens populaire, du fanservice, du scolaire et du fantasy/fantastique.

 

Mais les données du top 100 restent un peu limités quand à définir un certain ratio note/vues car on ne travaille qu’avec le haut du panier. J’ai donc cherché à prendre un panel d’anime chez quelques studios. Principalement des studios de moyenne importance pour limiter le volume de données.

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Là encore l’usage de l’échelle logarithmique s’impose pour les vues à cause de l’immense dispersion entre le haut du panier et le reste. Et dans cette configuration on remarque qu’il existe quand même (malgré une énorme dispersion) une certaine logique qui fait que les animes considérés comme mauvais sont peu vus, contrairement aux meilleures notes qui bénéficie forcement d’un effet de bouche à oreille beaucoup plus fort en général. En prenant l’ensemble des animes de la saison dernière on retrouve exactement le même genre de distribution avec notamment un « mur de la médiocrité » en limite supérieure. Ainsi un anime avec une note de 5 n’arrive pas à dépasser 20k ou un anime avec 7 : 200k.

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9Si on reprend les données sur les studios, on peut même s’amuser à interpoler le nombre de vues moyen par une exponentielle vu que le contournement est quasiment linéaire en échelle log.

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Il est amusant de constater une certaine similitude de tendance entre certains studios :

  • La hype pour Wit, White Fox et Ufotable dès que la note s’élève, le nombre de vues s’envole.
  • La fanbase pour Kyoani : même avec un note moindre le public reste au rendez-vous.
  • Les marginaux pour Satelight et Mappa, même avec un très bon ressenti, les titres ne parviennent pas à s’étendre auprès d’une large base.

 

Bon j’ai déjà dit une sacrée grosse quantité d’âneries sur cet article mais ce n’est pas tout à fait fini…

 


Publication française de manga :

 

Vous avez le sentiment d’être un peu noyé dans la masse de tout ce qui peut sortir en France chez nos nombreux éditeurs, et bien ce n’est pas qu’une impression car voilà le nombre de tomes sortis chaque moi depuis quelques années. On tourne ainsi avec pas moins de 120 à 140 nouveaux tomes par mois dont une vingtaine de nouveautés ce qui est tout à fait conséquent. Comme pour les animes, la grande majorité de ces nombreuses sorties fait d’ailleurs des scores tout à fait oubliables.

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 Si on s’intéresse uniquement aux sorties de cette année pour chaque mois et par éditeur on remarque que l’ordre ne correspond pas vraiment à la position dans la hiérarchie des ventes annuelles :

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  • On retrouve les gros historiques à l’avant de façon logique (Kana, Glenat, Pika)
  • On a ceux qui patinent sévère avec un grand nombre de publications mais des ventes en berne, comme par hasard des noms qui ont plutôt mauvaise presse ces dernières années (Kaze, Delcourt-Tonkam, Panini).
  • Les gros rendements, avec beaucoup de ventes par rapport au volume de titres sortis (notamment les deux éditeurs très en forme encore cette année : Ki-Oon et Kurokawa, ou encore le petit mais efficace Ototo).

Pour mettre un peu plus en avant ce constat un dernier graphique qui compare la part de marché de l’année dernière (cf Mangamag) avec le nombre de sortie de cette années.

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Tout ça pour conclure qu’au final en manga comme en anime, ce n’est pas toujours en en faisant plus qu’on arrive à mieux 😉 Mais au moins il y a du choix pour tous les gouts ou presque.

 

Données de base récupérées depuis :

 https://myanimelist.net/

http://www.someanithing.com/

http://www.manga-sanctuary.com/

www.mangamag.fr

 

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